Mercredi 4 juin, 19h : première contraction. Tellement petite que je n'y prête guère d'attention. Dans l'heure suivante, je ressens 2 ou 3 autres petites contractions, mais faibles et éloignées les unes des autres. Je propose à Éric de préparer un bon plat de spaghettis, histoire d'avoir quelques chose dans le ventre (façon de parler... lol) au cas où. Puis vint l'heure du coucher, pas de nouvelles contractions alors tant pis, on se couche résignés : il faudra attendre encore un peu.
Jeudi 5 Juin, 2h du matin : Ouh la, ça fait mal d'un seul coup et ça réveille ! Deux minutes plus tard, rebelote. Les douleurs sont courtes mais prenantes et très rapprochées. Mais qu'est-ce qu'il m'arrive ?
Je réveille Éric sans tarder : cette fois, c'est parti. Je fais couler un bain car je ne rêve pas, les contractions ont beau être très rapprochées, c'est un premier bébé et j'en ai pour plusieurs heures alors pas d'affolement. Éric se réveille prestement, s'habille et fignole les préparatifs : allongée dans mon bain, je l'imagine en train de prendre conscience de ce qui se passe. Quelle aventure nous attend !!
Je sors du bain assez rapidement, à 3h, j'appelle la maternité et leur décrit mes contractions. Ils ne s'affolent pas et me disent qu'ils m'attendent.
3h15 : départ pour la maternité. Personne sur la route, Éric roule à une vitesse tranquille pour pas que les bosses du bitume accentuent la douleur.
3h45 : Arrivée à la maternité. Je reste concentrée, il ne faut pas que je m'abandonne dans les bras de la sage-femme. Corinne nous accueille et m'examine : le travail a commencé, bébé va arriver dans la matinée mais pas tout de suite. Le col est alors ouvert à 2cm. Elle nous demande notre projet de naissance que nous lui présentons. Elle comprend que nous visons un accouchement le plus naturel possible, sans péridurale, etc... Elle nous rassure alors : "je suis là pour vous aider dans vos choix." Puis, elle nous installe en salle de naissance : il faudra attendre que le travail se fasse ici. Corinne nous amène un gros ballon sur lequel je vais passer quelques petites heures, Éric me massant (ou massacrant, c'est selon...) le dos pour faire passer les douleurs. Ce n'est pas agréable mais je ne crie pas, à quoi bon.
Nous avons évoqué l'idée du bain, qui me tient à cœur, avec Corinne. Elle nous prévient : le bain ne se fait qu'à certaines conditions : 4-5cm de dilatation (je n'y étais donc pas en arrivant) + rupture de la poche des eaux. L'idée de la rupture de la poche de eaux par la sage-femme m'embêtait un peu. D'ailleurs, Corinne l'a bien remarqué et m'a expliqué le pourquoi du comment plusieurs fois. J'y réfléchissais, assise sur mon ballon, en attendant que le col se dilate. De toutes façons, avant 4-5cm, pas de bain, alors j'avais le temps de prendre une décision.
Le temps filait assez vite et j'ai été surprise de voir que le jour se levait déjà. Vers 6h30, Corinne me proposa de regarder où j'en étais et me demanda de m'allonger pour faire un monitoring (pendant au moins 20 minutes, obligé m'a-t-elle dit). Pas glop d'être allongée mais bon... J'en étais à 4-5cm, il était temps de prendre une décision. Tous mes espoirs résidaient dans ce bain alors je me suis décidée : allons-y pour percer la poche des eaux. Drôle d'effet quand cette dernière est percée et que vous sentez un grand écoulement genre chutes du Niagara entre vos jambes.
7h30 : direction la baignoire. L'eau était délicieuse et délicatement parfumée aux huiles essentielles. Mes contractions ont immédiatement été plus fortes, moi qui comptait sur le chaud pour atténuer la douleur, rien du tout !! Je restais quand même dans le bain, je l'avais assez réclamé.
7h30-8h30 : l'heure la plus pénible, surtout que je ne savais pas qu'il s'agissait de la dernière heure. Je n'arrivais plus à gérer les douleurs. J'étais totalement paralysée par les contractions et n'arrivais pas à courber le dos et plier les jambes comme me le conseillait la sage-femme. Je paniquais légèrement mais Corinne restait calme bien qu'elle fut surprise que le bain augmente les douleurs, cela ne devait pas arriver souvent. A 8h, Corinne vient me présenter sa remplaçante, c'est l'heure du changement d'équipe, pas cool mais de toutes façons, je suis trop dans les vapes pour réaliser ce que cela implique. La nouvelle sage-femme, Camille, m'examine. Selon elle, j'en suis à 7-8cm. Le travail avançait mais n'était pas terminé selon elle. On me demandait souvent si je sentais une poussée au niveau du rectum mais non, je ne sentais rien. Quand tout à coup, vers 8h25, une violente poussée (violente mais pas douloureuse...) m'ébranla et je sentais bébé arriver. Camille était un peu paniquée que tout aille si vite et s'imaginait déjà en train de m'accoucher dans l'eau (ce qui ne m'aurait pas gêner mais attendez la suite de l'histoire...) Je sentis qu'on vidait l'eau du bain. Je m'écriais "Eh mais ça va pas, il fait super froid..." Puis j'entends Corinne revenir, elle n'était pas encore partie et avait du être rappelée en urgences (bien que rien de grave s'annonçait, je précise !). Elle reprend les choses en main : "OK, c'est bon, on a le temps de la sortir du bain". Je sens qu'on me soulève, on m'enroule dans un drap, je vois le rebord de la baignoire, je dois soulever la jambe, cela me semble impossible mais j'y parviens. Je suis soutenue de toutes parts. J'ai deux nouvelles poussées à côté de la baignoire, debout, les jambes arquées. Dans un dernier éclair de lucidité (Éric parlera de coup de génie), je réclame "Le Siège". J'entends Corinne dire "Elle parle du tabouret d'accouchement, installez-le". On retourne dans la salle de naissance (qui est adjacente à la salle de bains). Je m'installe sur le siège. Éric prend position derrière moi comme lui indique une sage-femme. J'ai les yeux fermés, tout va bien, je suis bien installée. Une poussée, je ne crie même pas, tout est parfait. Corinne me dit alors "A la prochaine poussée, poussez un long aaaaaaaaaaaaaah". (J'ai seulement compris après pourquoi ce aaaaaaah était utile : pour allonger la poussée).

(Voilà à quoi ressemble, très schématiquement, un tabouret d'accouchement)
Toujours les yeux fermés, je passais ma main entre mes jambes pour sentir ce qu'il se passait et examiner mon périnée (on a toujours peur d'une déchirure...) Je sentais clairement les cheveux et le dessus du crâne qui avait commencé à passer. Une poussée et hop, la tête sort comme un bouchon de champagne. "Il me reste les épaules" me dis-je alors. Je poussais donc, prête à sentir une nouvelle résistance au niveau du périnée, mais rien ! Elle était déjà sortie. J'entends mon nom, je me décide à ouvrir les yeux, remplie d'appréhension. J'allais enfin voir mon bébé. Et hop, je tendais les bras pour attraper mon bébé qui venait tout juste de passer et la sage-femme m'aida. Le bébé était tout violet mais pas fripé. Elle ne pleurait pas, semblait calme et cela ne m'inquiétait pas qu'elle ne pleure pas. C'était très fort, un petit être vivant qui venait de sortir de mon ventre et qui était à présent contre ma poitrine. Je me sentais terriblement bien, reposée, plus aucun souvenir d'aucune douleur. Coline émit finalement un petit râle qui eut pour effet de rassurer les sage-femmes. (pas franchement inquiètes non plus). Puis dans la foulée, on me fit me lever, le cordon entre les jambes, le bébé dans les bras et on me fit m'allonger sur le lit. Moment de béatitude. Bébé avait pris des couleurs en quelques secondes et elle était toute rose, la peau lisse et elle était magnifique. Quel bonheur ! Les sage-femmes sortent et nous laissent passer les premières minutes tous les trois. Je vérifie par pur défi l'entre-jambes : c'est bien une fille.
Et voilà, j'avais accouché. Pas si compliqué que ça, et les douleurs sont tellement vite oubliées : je suis prête à recommencer !!
Seul petit hic, la délivrance. Camille n'avait pas lu mon projet de naissance et elle m'a appuyée comme une malade sur le ventre pour faire sortir le placenta alors que j'avais écrit que je ne voulais pas d'expulsion manuelle du placenta. C'était très douloureux et j'ai d'ailleurs repoussé violemment son bras m'écrasant plusieurs fois. Heureusement que Coline était là pour nous faire oublier tout ça.
